Compte rendu des entretiens Ampère

des 12 et 13 avril 2000

Anglais - E.N.S. Lyon

Etats et perspectives de l'enseignement de l'anglais en collège et lycée

Intervenants : Mme Anne Marie Godet, Inspection Générale
M. Asselineau, Inspection Générale
Mmes Baudry et Cornado, Inspection Pédagogique Régionale

Hommage est tout d'abord rendu par l'Inspection Générale à l'Académie de Lyon pour son rôle pionnier dans l'enseignement de l'anglais.

Objectif de cette demi-journée

- Permettre aux professeurs de se rencontrer et de débattre

Interventions des Inspecteurs Généraux

Quelles sont les conditions de la maîtrise d'une langue vivante ?

- Maîtriser et transférer des acquis
- Reconnaître et associer ces acquis pour obtenir du sens
- Communiquer et non simuler la communication, c'est à dire utiliser la langue vivante pour raconter, se raconter, débattre, expliquer, donner son avis É
La langue vivante est indissociable de sa dimension culturelle, ce qui permet à l'Institution de remplir sa mission d'instruction et d'éducation.
La caractéristique majeure de l'anglais découle du paradoxe entre les attentes de la société (il faut parler anglais aujourd'hui) et l'importance relative donnée à l'anglais par les institutions (un élève a-t-il jamais redoublé une classe à cause de l'anglais?).

 

1- Une exposition massive
L'apprentissage d'une langue vivante requiert une exposition massive à la langue écrite et orale. A titre indicatif un élève bénéficie de 700 heures d'enseignement de l'anglais entre la 6° et la Terminale, ce qui représente pour lui un temps de parole de 10 heures en 7 ans dans le meilleur des cas. (statistiques de l'Education Nationale). Les attentes de la société ne sont-elles pas alors déraisonnables ?
L'Exposition massive demande
- des effectifs raisonnables (entre 20 et 26 élèves par classe)
- des locaux adaptés
- un équipement adéquat
- des horaires substantiels
- des périodes d'apprentissage intensif
- le développement de la langue vivante dans d'autres disciplines
- un centre de langues dans l'établissement (chaînes TV, Internet, mail, visio-conférenceÉ)
A ces situations idéales mais vers lesquelles tout établissement doit tendre s'ajoute l'apprentissage en dehors du milieu scolaire : voyages, séjours, accès aux chaînes de télévision anglophones.
La maîtrise de l'anglais et de sa culture deviennent primordiales : la langue officielle de travail chez ALCATEL et RENAULT est l'anglais. On peut regretter cette forme de globalisation mais les faits sont là.
La société attend de nous que nous enseignions une langue instrumentale, sa dimension culturelle étant un luxe. La communication inclut la compréhension des mots mais la langue est aussi trace et outil de la pensée.
2- Evolution de la classe d'anglais
Depuis des années la classe d'anglais est en évolution positive, ceci grâce
- au souci affirmé des professeurs de voir leurs élèves réussir
- aux progrès dans les résultats d'ensemble. Les compétences des élèves se sont accrues ces dernières décennies, notamment par le travail effectué à l'oral en collège.
L'acquisition du travail par le biais du ludique est un leurre. L'apprentissage d'une langue requiert du travail et de la peine. Un travail par séquences thématiques s'impose.
Les contingences matérielles ont aussi leur part dans cette évolution positive :
- progression dans l'utilisation de la video, du magnétophone (en 2nd cycle), du rétro-projecteur, indispensable pour les acquis linguistiques et culturels. La 1ère compétence étant celle de la compréhension orale, le retro-projecteur a la capacité de concentrer en un même point l'attention des élèves. Il est l'instrument privilégier pour favoriser l'anticipation et donc le besoin langagier. Mais l'objectif reste l'efficacité de l'enseignement et non l'utilisation de matériels nouveaux.
- Les textes et supports doivent être de toute nature et combinés autour d'un thème fédérateur.
3- Risques de dérives
Ces risques existent dans la pratique de la classe par
- la confusion entre évaluation et entraînement
- l'absence grandissante d'évaluation au quotidien. Le professeur doit prendre 10 mn par heure pour contrôler et noter les acquis. Quelle est l'utilité de donner du travail personnel si ce travail n'est pas contrôlé?)
- l'évaluation ne doit pas prendre le pas sur l'apprentissage car l'élève n'aurait pas la possibilité de transférer ses savoir-faire et stratégies. L'évaluation ne DOIT PAS être la 1ère occasion de transfert. La fixation ou mémorisation est au prix de plusieurs transferts dans des situations différentes.
- Le fait de considérer le manuel comme un support suffisant. Ici il y a risque que le travail oral de classe ne laisse pas de trace. Le professeur doit tout mettre en Ïuvre pour que les élèves élaborent des traces écrites qui seront copiées dans les cahiers. Ces commentaires seront élaborés collectivement et se construiront à partir des notes (stepping stones) que le professeur aura écrites au tableau tout au long de la séance. Ce sont les élèves qui auront pour tâche de reconstruire le commentaire => mémorisation. Le rôle du professeur est de faire faire et non de faire. Le processus qui mène l'élève au produit final est aussi important que le produit final lui-même.
L'apprentissage d'une langue étrangère est menacé par l'oubli, c'est pourquoi le cours doit ménager des pauses récapitulatives. Les acquis antérieurs doivent être recyclés ce qui implique un minimum de planification de la part du professeur, planification dont le cahier de textes et le reflet.
Pour les élèves l'anglais est fait de mots pour dire, d'où l'importance capitale de l'apprentissage lexical. Cet apprentissage ne se fait pas par des mots isolés mais autour d'un schéma lexical sur le thème de travail.
- Un autre risque de dérive est celui qui ferait du professeur d'anglais un professeur de communication, déracinant ainsi les contenus linguistiques de leur ancrage culturel.
- Enfin dernier risque (last but not least), la dégradation de la qualité de l'anglais oral des élèves. Cette dérive trouve son origine dans les pratiques de classe. Le professeur doit objectiver sa pratique en enregistrant son cours de temps à autre et en l'analysant. Il se rendra vite compte de 3 défauts majeurs propres à de nombreux collègues, à savoir :
a- la confiscation de la parole. Trop de cours sont encore magistraux, en classes préparatoires notamment, où les connaissances prennent le pas sur les savoir-faire. Les obsessions du professeur doivent être en collège et lycée de se taire et de faire faire. Ceci n'est pas limité à l'anglais d'ailleurs.
b- l'insuffisance des activités de reproduction ou répétition. Il n'y a pas d'âge pour répéter, il ny a pas de niveau. Ce passage est obligatoire. Tout apprentissage d'une langue se fait par la répétition. En répétant, on prend en compte la réalité orale concrète des éléments de langage (la prononciation du "th" en anglais). Si on peut reproduire, on peut se renseigne. Répéter c'est avoir un pouvoir sur le signifiant mais aussi sur le signifié. Sous sa forme collective, la reproduction permet aux timides d'oraliser et structure la classe. La reproduction existe aussi à l'écrit. Pour cela, il faut d'abord faire avec eux pour qu'ils puissent faire seuls ensuite.
c- le recours exclusif et systématique au volontariat
Il entraîne la confiscation de la parole par un certain nombre d'élèves, toujours les mêmes. Les conséquences de cette pratique sont dévastatrices. Elle masque les qualités et les capacités réelles du groupe. Les actifs progressent et les passifs régressent et le professeur dit de sa classe qu'elle participe.
4- La qualité de la prononciation des élèves
Chaque professeur se sent investi d'un droit divin, celui de la correction grammaticale. Il faudrait plutôt qu'il en soit de même pour la prononciation.
Le professeur doit exiger des élèves le respect de la prononciation, le français est une langue syllabique, l'anglais une langue accentuelle. Il doit donc exiger
- le respect de l'accent et de sa place
- le respect des oppositions fondamentales /i/ et /i:/ (ship sheep)
- le respect du /th:/ , du /h/ et des plosives /p-t-k/
Tous ces points ont une trace dans la graphie, d'où la nécessité d'une réflexion entre graphie et phonologie.
5- Les documents utilisés en classe
Trop souvent les supports d'activités sont centrifuges et éloignent les élèves du document. Le texte devient prétexte et toutes les démarches de mise au jour du sens, d'analyse sont escamotées. Cette tendance retarde l'accès au document, comme l'abus d'ailleurs de documents annexes (polycopiés et autres grilles à remplir). Il faut aborder le document pour ce qu'il est. L'élève doit être lecteur, spectateur ou auditeur, un destinataire quasi ordinaire. Il doit recevoir le document et réagir à ce document. Plus il y a depapiers, moins il y a de paroles construites et d'approfondissement du sens.

 

Débat

Question : L'Inspection Générale a-t-elle des informations concernant les horaires pour la rentrée 2000 - 2001 ?
Réponse : Le nouveau ministre veut prendre le temps de réfléchir et de consulter. Pour la première fois le nouveau ministre a déclaré "qu'il porterait une attention particulière aux langues vivantes". Pour l'instant les choses sont suspendues. L'Inspection Générale reste vigilante et fait entendre sa voix.
Question : Quel bilan l'Inspection Générale fait-elle de l'enseignement de l'anglais dans le primaire ?
Réponse : C'est un bilan très mesuré. L'effet a été plutôt psychologique. L' Inspection Générale aurait aimé qu'il n'y ait pas anglais en primaire pour des raisons pédagogiques.
- cet enseignement correspondait à des demandes sociales. Pour les parents il fallait non pas s'initier aux langues mais à l'anglais.
- Hyatus entre le primaire et le collège.
- Ecarts très faibles entre ceux qui ont fait de l'anglais et ceux qui n'en ont pas fait. Ces écarts sont très vite comblés (1 ou 2 mois) en 6°
- Problème de la compétence linguistique des maîtres du Primaire, ces compétences ne sont pas à la hauteur des ambitions pédagogiques. Les modèles sont trop souvent de mauvaise qualité.
Question : Comment enseigner le vocabulaire ?
Réponse : L'apprentissage de mots isolés ou de listes de verbes irréguliers est une erreur pédagogique. Les mots s'apprennent dans un énoncé simple. Travailler une langue, c'est mettre en rapport de la grammaire et du vocabulaire.
Question : Autrefois il y avait des rencontres Collège-Lycée. Elles ont disparu. Qu'en pense l'Inspection Générale ? N'est-ce pas son rôle de les favoriser, voire de les organiser ?
Réponse :Des réunions charnières relèvent des chefs d'établissement. Il doit y en avoir. Tout professeur de 3° doit connaître les livrets d'évaluation de 2nde. De plus le Collège n'est pas que l'apprentissage de dialogues, on peut et on doit y avoir des ambitions. Quant au Lycée, il n'est pas le lieu où l'on étudie des textes. On peut et on doit y avoir de la modestie.

Intégration des technologies de l'information et de la communication (TICE) dans les pratiques pédagogiques. Utilisation du Web pour recherche d(informations

Appréciation de la qualité et de la pertinence de l'information trouvée.

Intervenant : M. Ramel, professeur d'anglais à l'Université Lyon 2
La recherche sur Internet
Elle existe sous forme d'une initiation à l'Université Lyon 2 au département d'anglais et fait l'objet d'un mémoire en fin de DEUG.
Le Web, partie grand public d'un réseau plus complexe qu'est l'Internet offre plus d'un milliard de documents consultables.
Quelle est la nature de ces documents, comment les trouver et comment analyser leur pertinence ?
1- Nature des documents
Ces documents publiés sur Internet concurrencent rarement d'autres sources d'information, qui elles sont payantes. On ne trouve pas de documents couverts par copyright sur le Web (films, livres É)
L'utilisateur doit faire preuve de méfiance dans la recherche de ces documents. Ainsi si l'on souhaite obtenir des documents associés à David Copperfield, la majorité des sites proposés sur le Web associeront votre requête à Claudia Schiffer plutôt qu'à Charles Dickens Dickens (popularité et show business obligent).
Ces documents sont aussi de valeur inégale : un tri s'impose, et c'est à vous de le faire, donc d'en connaître les critères.
De plus le danger pour les jeunes est d'associer l'Internet au Naturel. Le slogan dit d'ailleurs "Internet c'est naturel". Ils abandonneraient là toute forme d'esprit critique. L'expression "surfer sur le web" est associée aux sports de glisse. "Surfer" c'est glisser, mais aussi rester en surface. Il faut apprendre aux élèves à être des utilisateurs responsables. Pour cela, faut-il que le professeur le soit lui-même.
2- Comment trouver les informations dont on a besoin ?
En utilisant des moteurs de recherche. Il en existe de nombreux : Yahoo, Altavista, Excite, Lycos, É
On peut rechercher les informations de plusieurs manières.
a- par mots clés
Il faut d'abord faire la distinction entre recherche de sites et recherche de page. Un site est un ensemble de documents (images, photos, textes) appelés pages et traitant d'un thème. Des moteurs de recherche comme Yahoo (www.yahoo.com) offrent la possibilité de ne chercher que des sites. D'autres offrent la possibilité de chercher des pages, c.a.d un document à l'intérieur d'un site.
Il faut aussi faire la distinction entre annuaire et index.
Yahoo est un annuaire, il trie les résultats de votre recherche, ce tri est géré par des humains.
Altavista (www.altavista.com) est un index, il recherche les occurrences d'un mot sur le web et cette recherche est gérée par des machines appelées robots.
Cette différence est très bien expliquée sur le site de la Bibliothèque Nationale de France (www.bnf.fr)
Les index étant plus automatisés, ils offrent davantage de résultats, en revanche ces résultats seront moins pertinents.
Seul le tiers des documents existants sur le Web est répertorié dans les moteurs de recherche.
Quelle est la pertinence de cette recherche ?
Les réponses à une requête sont classées par ordre de pertinence. Le seul problème est que l'utilisateur ne connaît pas les critères de pertinence choisis par le moteur.
Il existe trois critères.
- la fréquence dans le document proposé des mots clés que l'utilisateur a défini
- la proximité des mots recherchés entre eux
- le nombre de liens renvoyant à un site
b- par fonctions avancées des moteurs de recherche
Exemple : l'utilisateur recherche des sites traitant du 'Piton de la Fournaise'
S'il tape comme critère de recherche "fournaise" il obtiendra 3500 réponses ou adresses de site correspondant à cette définition. Parmi eux les adresses de tous les chauffagistes du Québec, puisque en Français Canadien fournaise veut dire chaudière. S'il tape l'expression complète, 200 réponses lui seront proposées. Il est donc important de bien formuler sa requête, sinon gare aux surprises (notes de téléphones ou atterrissage sur un site non désiré).
Chez Yahoo trois types de fonctions avancées sont proposés
1- exact phrase match
2- matches on all words (réduit le nombre de résultats)
3- matches on any word (augmente le nombre de résultats)
Chez Altavista
1- une expression entre guillemets correspond à exact phrase match
2- Utilisation d'opérateurs booléens du type AND - OR- AND NOT - NEAR plus des parenthèses
Ainsi si je veux consulter des sites traitant de l'argent dans le football en France ou en Allemagne, ma requête se formulera ainsi chez Altavista :
(football AND money) AND (france OR germany)
Donc pour mener à bien une recherche il faut connaître et maîtriser les moteurs de recherche ainsi que leurs méthodes de recherche.
Il existe aussi des métamoteurs, ceux-ci font travailler les moteurs de recherche. C'est le cas de Sherlock sur Macintosh.
c- par recherche par catégorie
Certains moteurs offrent des catégories toutes prêtes du type
- culture
- géographie
- divertissement
- affaires
- tourisme
- etc..
A l'intérieur de ces catégories se trouvent un menu déroulant avec des sous-catégories pour vous permettre d'affiner votre recherche. L'avantage de cette méthode est qu'elle vous permet de prendre connaissance de l'existence de sites auxquels vous n'auriez pas pensé.
d- par lien
Les institutions, les écoles, les clubs diffusent des pages de liens à unité thématique. Sur le site de l'Externat Sainte Marie (www.mariste.fr), on trouve divers liens qui renvoient à des sites en rapport avec l'Externat, le mien par exemple . La BNF prpose sur son site une longue liste de liens intéressant les chercheurs. Pour les anglicistes la page de lien du site de Lyon II est une mine
http://www.univ-lyon2.fr/langues/ANGLAIS/ANG_LNK1.HTM
3- Comment estimer l'intérêt de l'information ?
Créer une page Web ne coûte rien et est à la portée de n'importe qui. Néanmoins tout site tombe sous le coup de la loi du pays qui l'héberge. Or les lois ne sont pas transnationales. En France, par exemple, les sondages sont interdits la semaine précédent les élections, l'incitation à la haine raciale est un délit. Il n'en va pas de même dans d'autres pays, mais les sites sont consultables de partout dans le monde. Il faut donc établir dans les établissements scolaires une charte de l'accès à Internet.
Néanmoins l'utilisateur responsable a des moyens pour vérifier et estimer l'intérêt de l'information. Il suffit qu'il se pose les bonnes questions.
a- Quel est l'objectif du site ?
- vendre
- informer
- enseigner
- divertir
- etc É
b- A qui s'adresse le site ?
- à Monsieur tout le monde
- à des spécialistes
On peut répondre partiellement à ces questions en observant attentivement l'adresse du site (URL). Les suffixes définissent des catégories.
.org = organisme à but non lucratif, ONG, groupes de pression
.com = entreprise commerciale
.edu = éducation, université (en GB c'est .ac)
.gov = site gouvernemental donc officiel
.net = fournisseur de services sur internet
D'autres suffixes renseignent sur l'origine du site. Il est en effet important de le savoir. Par exemple le prix d'un produit en Francs n'aura le même sens si le site que vous consulté est d'origine française ou suisse.
.fr = France
.uk = Royaume Uni
.ca = Canada
.qc.ca = Québec
.ch = Suisse
En conclusion, le fait que le site soit régulièrement mis à jour et qu'il ait un bon nombre de liens est souvent gage de qualité.